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Thérapie d’orientation Focusing
Répertoire des Intervenants et Coordonnateurs de langue française certifiés en Focusing
Eugene T. Gendlin et la Philosophie de l’Implicite
Au-delà de son apport considérable au monde de la psychologie, Gendlin est d’abord et avant tout un philosophe.
Le Focusing et la Pensée au Seuil de l’Émergence (PSE-TAE) sont des pratiques issues de la Philosophie de l’Implicite.
Eugene T. Gendlin obtint le titre de Ph.D. en 1958 à l’Université de Chicago avec sa thèse «Experiencing and the Creation of Meaning». Il avait également obtenu sa maîtrise de cette même université en 1950 avec Dilthey comme sujet (Wilhem Dilthey and the problem of comprehending human signifiance in the science of man). Sa pensée s’inspire de celle de Platon, Aristote, Husserl, Heidegger, Merleau-Ponty, Sartre et Wittgenstein et il fait partie du registre international des philosophes phénoménologues.
Parmi de nombreuses œuvres publiées, on lui reconnaît deux écrits philosophiques majeurs :
- Process Model (1997)
- Experiencing and the Creation of Meaning (1962)
Bon nombre d’écrits de Gendlin sont disponibles sur le site de l’Institut de Focusing (Gendlin On Line – GOL)
L’époque de Chicago et les distinctions
Eugene T. Gendlin et Carl Rogers
La recherche : projet Wisconsin
L’époque de Chicago et les distinctions
Après y avoir fait ses études et publié ses premières recherches, Gendlin a enseigné la philosophie et la psychologie à l’Université de Chicago de 1963 à 1995.
Au cours de cette longue carrière, il a été honoré à plusieurs reprises par l’«American Psychological Association» (APA). Il s’est vu décerner, en septembre 1970, la première distinction de l’APA (Division 29, Distinguished Professional Award) pour son apport à la psychologie expérientielle (Théorie de l’Experiencing). Trente ans plus tard, en 2000, il a reçu, en son nom et en celui de l’Institut de Focusing, le prix de la division humaniste de cette même association. Plus récemment (2008), il a été récipiendaire, en Europe, du prix Victor Frankl pour l’ensemble de son œuvre dans le domaine de la psychologie humaniste.
Le département des sciences sociales de l’Université de Chicago, auquel était rattaché Gendlin, fut créé, en même temps que l’université, en 1892. Il est considéré comme étant le berceau des sciences sociales. Le courant sociologique qui en est issu est mondialement reconnu sous l’appelation : École de Chicago (1915-1935). On dit de l’Université de Chicago qu’on y vient pour enseigner certes, mais plus encore pour faire de la recherche et valider cette recherche par l’expérimentation.
Gendlin a souhaité, dès les débuts de sa carrière, rendre son œuvre accessible au grand public. Dans cette optique, il a publié, en 1978, un livre intitulé : «Focusing» traduit jusqu’à aujourd’hui en 12 langues et qui en est à sa 2e réédition en français.
Tout en poursuivant sa carrière à l’université, il a également fait la promotion de son approche du Focusing en créant dès 1986 une plate-forme d’enseignement et de diffusion du Focusing complètement indépendante des milieux universitaires. Pour plusieurs de nos amis et partenaires de la communauté du Focusing, l’époque de Chicago est cette époque où ils participaient, à Chicago, aux ateliers dispensés par l’Institut de Focusing nouvellement créé.
Le projet social
Il était de pratique courante à l’Université de Chicago de valider la recherche sur le terrain. Dès le début des années 1960, alors que Gendlin enseignait déjà la philosophie et la psychologie, un groupe de «changement» fut mis sur pied. Le principe des groupes de «changement» est encore actif aujourd’hui et des groupes inspirés de ce modèle ont été initiés un peu partout dans le monde par les gens du Focusing.
Dans un groupe de «changement» il n’y a pas de spécialiste. Toutes les personnes qui participent au groupe peuvent offrir de l’écoute et chacun peut aussi être écouté. Voici la réflexion publiée en 1968 et à partir de laquelle les groupes de «changement» furent initiés :
«Des études récentes estiment que plus de la moitié de la population a «besoin de psychothérapie». Ce qui signifie que nous n’aurons jamais suffisamment de professionnels. La conclusion qui en découle n’est pas d’en former quelques-uns de plus, mais plutôt de reconnaître que le processus thérapeutique implique quelque chose dont nous avons tous besoin. Doit-on former la moitié du monde en tant que thérapeute? Et si oui, quelle moitié? Si chacun a besoin de relation intime et si chacun souhaite avoir quelqu’un qui soit disponible pour l’écouter lorsqu’il a besoin de travailler une situation qui manque de clarté, pourquoi alors ne pas construire des rôles et des temps à même le tissu social?»
(GOL 2135 voir aussi GOL 2224)
Eugene T. Gendlin et Carl Rogers
Le nom de Eugene T. Gendlin est souvent associé à celui de Carl Rogers car ils ont travaillé ensemble, dans un contexte de recherche où Gendlin, étudiant, participait aux protocoles d’expérimentation de Rogers.
Une étude publiée en 2002 dans la «Review of General Psychology» a classé Rogers parmi les six plus importants psychologues cliniciens du XXe siècle, deuxième derrière Freud. Rogers fut invité, en 1945, à ouvrir un centre de counseling à l’Université de Chicago et il y enseigna de 1945 à 1957. La théorie de Rogers, considérée comme humaniste et phénoménologique, fut notamment influencée par les thèses de John Dewey qui font de l’expérience la base de l’apprentissage. Son approche, que l’on nomme Approche Centrée sur la Personne (ACP) est largement utilisée en Europe et au Japon. Il avait été nominé pour le prix Nobel de la paix en 1987, juste avant sa mort.
Gendlin relate en ces termes le début de son association avec Rogers :
«Je n’ai qu’un seul doctorat et il est en philosophie. Avant d’avoir terminé mon doctorat, je me suis présenté chez Carl Rogers et il fut d’avis que ce serait une bonne idée d’avoir un philosophe dans son équipe. Il m’interrogea comme il l’avait fait pour les autres candidats. Au cours de l’entrevue, il se pencha vers moi en m’observant attentivement et me dit : «Mais! Vous ne semblez pas obtus en ce qui concerne les gens…». C’était l’opinion qu’il avait des philosophes. Je lui répondis que je ne pensais pas l’être, que les gens pouvaient me parler et que j’espérais qu’il le fasse aussi.»(GOL 2032)
En examinant les théories de Gendlin et de Rogers, on y remarque des similitudes. Rogers identifia la présence du sens corporel ou du moins de certaines expériences sensorielles et viscérales et leur importance dans le processus thérapeutique. Rogers observa également la dimension expérientielle du processus intérieur sans toutefois s’attarder à décrire, comprendre et faciliter ce processus. Il semble d’ailleurs que les concepts de Rogers aient été influencés par la Théorie de l’Experiencing de Gendlin (GOL 2102).
Quoi qu’il en soit, les deux hommes sont de la même trempe et Gendlin reconnaît, en 1988, dans un très beau texte écrit à la mémoire de Rogers (GOL 2059), les qualités de Rogers en tant que précurseur, son honnêteté et son courage pour changer les choses. Une partie de ce texte sera reprise dans la préface écrite par Gendlin pour le livre : «Carl Rogers : The Quiet Revolutionary».
La recherche : projet Wisconsin
Le projet Wisconsin (1958-1963), une vaste étude de la relation thérapeutique avec des patients schizophrènes, dont les résultats ont été publiés en 1967 (Rogers et al 1967), a marqué l’histoire de la psychologie humaniste. Eugene T. Gendlin était directeur de cette recherche et, dans une entrevue effectuée en 1981 par Germain Lietaer à l’Université Catholique de Louvain (GOL 2102), il fait part des impressions laissées par cette expérience qui a été marquante sur le plan de l’éthique professionnelle et sur celui des rapports humains.
«Alors… il devint clair que nous sommes principalement dépendants de notre réponse du moment en tant qu’être humain. Et peut-être aussi qu’une bonne partie de notre gêne disparaît. Nous prenons l’habitude d’être présent à tout ce qui se produit… …
nous apprenons à travailler avec quelqu’un tout en étant entouré de six autres patients et de quelques infirmières qui rigolent car elles nous croient stupides de prendre au sérieux ces personnes hospitalisées… et ce bruit incessant… et tous ces tracas… toute formalité artificielle disparaît lorsque vous travaillez avec un patient qui dit : «Je ne veux pas vous parler» et «Pourquoi êtes-vous venu, allez vous-en» et ainsi de suite. Un gros changement se produit. Nous devenons simplement plus humains et, j’ai déjà dit quelque part que, sans aucun doute, nous changeons. Nous avons besoin de toutes ces recherches pour savoir si les patients ont changé, mais nous avons déjà l’absolue certitude que nous avons changé.»
Les premières influences
Eugene T. Gendlin, que l’on nomme familièrement Gene, est né le 25 décembre 1926 à Vienne, en Autriche. Il était enfant unique d’une famille juive, sa mère étant originaire de Triest, d’ascendance espagnole, et son père venant d’Ukraine. Fuyant l’invasion nazie, sa famille arriva aux Etats-Unis en 1939. Il a gardé de ses expériences d’enfant des souvenirs qui ont influencé la formation de son esprit et sa pensée humanitaire.
Voici ce que Gendlin raconte de ses derniers moments en Autriche :
«J’entendis des invités de mes grands-parents affirmer que ceux qui avaient été mis en prison devaient certainement avoir commis quelque crime. Je compris alors pourquoi mon père m’avait si soigneusement expliqué la situation. Ces adultes étaient, selon moi, stupides et j’étais mieux informé qu’ils ne l’étaient. Bientôt, lorsque tous les hommes juifs furent arrêtés, la vérité devint apparente.
Il me semblait aussi parfois saisir les choses plus facilement que les adultes. Ils disaient ne rien comprendre de ce qui se passait, ils n’y arrivaient simplement pas. Ces gens, qui avaient l’habitude de privilégier l’ordre rationnel, se trouvaient désorientés. Ils étaient confus : «Comment une telle chose pouvait-elle se produire?» «Ça me semblait pourtant simple. Une très mauvaise personne avait pris le pouvoir. »
Et un peu plus loin, dans le même récit, pendant leur fuite alors que le père de Gene décide de couper le contact avec la personne à laquelle il avait été référé :
«Lorsque mon père revint, il était très pâle et me dit : «Allons-nous-en». Il m’expliqua en chemin qu’il ne pouvait pas faire confiance à cet homme. Mon père me dit que son ressenti lui disait «Non». Mon père avait déjà dit à plusieurs reprises : «Je fais confiance à ce que je ressens». Mais, cette fois-ci, je n’arrivais pas à comprendre qu’il fasse ainsi confiance à ce qu’il ressentait. Nous étions dans une ville étrangère et sans solution pour en sortir. Nous avions mis tout notre espoir dans cette «adresse», et maintenant il n’y croyait plus, juste parce qu’il le «sentait».
J’en étais surpris et je me suis souvent demandé, par la suite, quelle sorte de ressenti pouvait ainsi nous dire quelque chose. J’essayais parfois de trouver cette sorte de ressenti à l’intérieur de moi et je n’y arrivais pas. Mais, à partir de là, j’ai commencé à y porter attention jusqu’à ce que l’effet s’en fasse sentir. Quarante ans plus tard, lorsqu’on me demanda comment j’avais découvert le Focusing, je me suis rappelé ces circonstances.» (GOL_2181)
Lorsque la famille de Gendlin s’installa en Amérique, le jeune garçon qu’il était alors, dû apprendre rapidement l’anglais.
Comme il n’y avait pas, à l’époque, de classe d’immersion, l’enfant de 12 ans fut placé dans une classe de première année avec les petits de 6 ans.
Le professeur, voyant que Gene faisait d’abord l’expérience des mots dans sa langue avant de les traduire en anglais, lui apprit une leçon très simple : il n’était pas nécessaire de traduire le mot «chaise», car ce qu’il voyait pouvait être dès le début une «chaise». Gene tenta alors de penser en anglais et réalisa qu’il avait toujours su, indépendamment des mots, ce qu’étaient les choses. Il pouvait toujours revenir à ce sentiment familier qu’il avait de cette «chose» et de ce à quoi elle servait.
En grandissant, Gene nota de plus en plus souvent cette connaissance implicite et commença à articuler sa réflexion autour de cette connaissance. C’est ainsi qu’une institutrice de première année lança un jeune garçon de 12 ans dans une très longue étude de la relation entre le langage, le sens et l’expérience.
Le site de Rob Parker (Coordonnateur Certifié de l’Institut de Focusing et membre du conseil d’administration de l’Institut de Focusing), où nous avons relevé cette anecdote des débuts de Gendlin à l’école, présente une description plus détaillée du travail et de la démarche philosophique de Gendlin.
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